Un autre regard sur la santé esthétique des cheveux. Procédures thérapeutiques.

Les innovations dans la médecine régénérative des cheveux.

David Poisbleau, MD
Service de Chirurgie Plastique et Maxillo-Faciale, Hôpital Henri Mondor, Créteil

D’après les communications des

Sophie MENKES, MD,

Byong SEUNG CHO, MD, CEO de ExoCoBio

Lofti BENSLAMA, MD

Plasma riche en plaquettes (PRP), cellules souches folliculaires et cellules souches dérivées d’adipocytes : quel impact sur la repousse des cheveux ?

Sophie MENKES, MD, Switzerland,  Pioneer in Aesthetic Gynecology & Internal Medicine.

Introduction.
Les cheveux sont un symbole de force et de pouvoir, et peuvent être un outil de séduction.
À sa consultation, S. MENKES reçoit régulièrement des patientes ayant perdu leurs cheveux dans les suites d’une chimiothérapie avec souvent une forte réaction émotionnelle liée à la perte de leur chevelure.
Un des outils pour aider à la repousse des cheveux est la médecine régénérative, via la régulation de leur cycle en augmentant la vascularisation et la régénération cellulaire et nerveuse.
Plusieurs gènes d’intérêt pour le cycle folliculaire ont été mis en évidence, notamment le gène MYB, codant pour une protéine régulatrice des follicules. Il régule finement l’homéostasie de la peau et du capital pileux. Il a été démontré qu’une hyper-expression de ce gène dans les cellules cutanées, induisait une perte pileuse chez la souris. Dr Yuan Hu et al.
Pourquoi utiliser les cellules souches dérivées d’adipocytes ?
Le tissu adipeux joue un rôle majeur dans ce cycle : un échange permanent entre les cellules adipeuses et le cheveu a lieu, aidant à la croissance folliculaire lors de la phase anagène.
Inversement, le tissu adipeux décroît lors de la phase catagène et accompagne la disparition du follicule.
Cela a été démontré chez la souris, avec un ralentissement de la croissance folliculaire chez les individus traités par un inhibiteur de croissance des adipocytes (facteur de transcription PPARg).
Les adipose-derived stem cells (ADSC) représentent 2 à 10% de la fraction vasculaire stromale (stroma vascular fraction, SVF). Elles ont un rôle de différenciation et de sécrétion de signaux et de facteurs de croissance qui vont réguler l’homéostasie tissulaire (croissance de la paroi vasculaire, lutte contre la sénescence cellulaire, etc.).
Tout ce produit de sécrétion de l’ADSC se trouve dans le sécrétome, qui correspond à l’ensemble des produits de sécrétion transporté de cellule en cellule par des microvésicules.
Le plus célèbre de ces transporteurs est l’exosome. Leur utilisation via la technique du nanofat dans le rajeunissement capillaire présente ainsi un intérêt majeur.
La technique du Nanofat
S MENKES réalise le prélèvement graisseux à l’aide du kit Hapifat® (canule de 1,65 à 2 mm) puis rince son contenu à l’eau (2 ou 3 passages).
Le kit Tulip® est ensuite utilisé avec 30 passages pour chaque connecteur (2,4 – 1,4 et 1,2 mm).
Enfin, le nanotransfert (tamis de 400 microns d’un côté et 600 microns de l’autre) est utilisé afin d’obtenir le nanofat et détruire les adipocytes viables susceptibles d’apporter du volume.
L’injection est réalisée 4 mm sous la peau à l’aide d’une aiguille 27G, soit à la main soit à l’aide d’un Lipopen®.
La technique du Rigenera®
Il s’agit d’une méthode permettant d’obtenir des cellules souches à partir du derme, bien qu’en moins grande quantité, qu’au niveau de la graisse.
On récupère les cellules à l’aide de 3 punchs à biopsie (2,5 à 3 mm).
Les greffons contenant des bulbes chevelus et l’espace péribulbaire (graisse et tissus mésenchymateux) sont ensuite broyés et filtrés mécaniquement, afin d’obtenir un lyophilisat riche en cellules mésenchymateuses.
Ils sont dilués dans du sérum physiologique puis réinjectés à l’aide d’une aiguille 33G dans le cuir chevelu sous anesthésie locale.
La technique du plasma riche en plaquettes (PRP) de Regen Lab
Une autre alternative est le PRP, qui après centrifugation du plasma permet de récupérer une quantité importante de plaquettes autologues, source naturelle de facteurs de croissance cellulaire.
Comme l’ont démontré de nombreuses études, il est également très efficace pour la repousse capillaire.
La technique d’injection se fait de la même manière que le nanofat, en réinjectant environ 4 mL au niveau du cuir chevelu.
S. MENKES réalise des injections de 0,015 mL par point avec une aiguille de 33G, lesquels sont espacés de 0,5 à 1 cm.
 
OBTENTION DU PRP
LE PRP CLASSIC
Comparaison des trois techniques
Une étude multicentrique prospective a été conduite afin de comparer les protocoles Nanofat, Rigenera® et PRP par l’AIRMESS (Academy of International Regenerative Medicine and Surgery Societies).
120 patients ont été inclus et répartis-en 3 bras, suivant ces 3 protocoles.
L’objectif principal était de quantifier l’évolution du score AGA (androgenetic alopecia) à 9 mois du traitement avec 4 évaluations au cours du suivi (à l’inclusion puis à 3,6 et 9 mois).
L’évaluation a été réalisée à l’aide du TrichoScan® afin d’obtenir des résultats objectifs et quantifiables via une technique non invasive s’appuyant sur l’épiluminescence.
Plusieurs paramètres ont été recueillis, à l’instar du nombre de cheveux par cm2, de la densité capillaire, etc.
Les résultats intermédiaires sont intéressants avec un cheveu plus épais, brillant et abondant.
Il manque cependant certaines données pour réaliser les analyses définitives et l’étude n’est pas encore publiée.
Nous présentons quelques résultats avant-après dans les illustrations suivantes (technique Nanofat).

Les exosomes de cellules souches adipeuses pour le rajeunissement capillaire.

Byong SEUNG CHO,MD, CEO de ExoCoBio 

Ils sont de plus en plus étudiés en médecine régénérative et en « cell-free therapy », et l’équipe du Dr SEUNG CHO a développé une technique permettant d’isoler et purifier des exosomes à partir de cultures de cellules souches adipeuses (ExoSCRT® par ExoCoBio®).
Présentés comme non immunogéniques et sans effets secondaires majeurs, ces exosomes purifiées peuvent être appliqués en transdermique (via des marqueurs de surface CD44 pour pénétrer dans le derme) ou en intradermique, possiblement associés au Botox ou aux fillers.
Intégrant de nombreux organites anti-inflammatoires et régulateurs, ils auraient un intérêt dans de multiples indications : dermatite atopique en diminuant l’érythème et les cicatrices tout en renforçant la barrière cutanée (le protocole proposé est de 5 sessions de traitement, réparties sur 2 semaines), rajeunissement facial, cicatrices d’acné ou encore stimulation de la repousse capillaire.
Les exosomes sont des vésicules de transport mesurant 30 à 90 nanomètres, déversées par une cellule dans son environnement. Ils contiennent de nombreux signaux et facteurs de croissance cellulaires, à l’instar des produits de sécrétion de l’ADSC évoqués précédemment. Ils permettant la communication intercellulaire via des ARN messagers et jouent un rôle dans l’immunité cellulaire.
Ils sont de plus en plus étudiés en médecine régénérative et en « cell-free therapy », et l’équipe du Dr SEUNG CHO a développé une technique permettant d’isoler et purifier des exosomes à partir de cultures de cellules souches adipeuses (ExoSCRT® par ExoCoBio®).
Présentés comme non immunogéniques et sans effets secondaires majeurs, ces exosomes purifiées peuvent être appliqués en transdermique (via des marqueurs de surface CD44 pour pénétrer dans le derme) ou en intradermique, possiblement associés au Botox ou aux fillers.
Intégrant de nombreux organites anti-inflammatoires et régulateurs, ils auraient un intérêt dans de multiples indications : dermatite atopique en diminuant l’érythème et les cicatrices tout en renforçant la barrière cutanée (le protocole proposé est de 5 sessions de traitement, réparties sur 2 semaines), rajeunissement facial, cicatrices d’acné ou encore stimulation de la repousse capillaire.
 

Comment optimiser la procédure des greffes capillaires.

Dr Lofti BENSLAM, MD, Chirurgien maxillo-facial et stomatologue.

 Les principes de la greffe capillaire: deux techniques principales,  la FUT (follicular unit transplantationet la FUE (follicular unit extraction).

Follicular unit transplantation (FUT)

Cette technique correspond à une transplantation de cheveux de la région de la couronne vers les régions déplantées, en passant par le prélèvement d’une bandelette capillaire sous anesthésie locale.
A partir de cette bande, les greffons peuvent être individualisés avec jusqu’à un seul cheveu par unité greffée (on parle d’ultramicrogreffe).
Ensuite, ceux-ci sont insérés dans les zones déplétées via des fentes adaptées – en étant le moins traumatique possible afin de ne pas compromettre la vascularisation et la qualité des tissus environnants.
Cela limite les phénomènes fibrotiques moins propices au lit des futurs greffons.
L. BENSLAMA conseille d’utiliser des petites broches de Kirchner atraumatiques à cet effet.
L’insertion du greffon à proprement parler peut être réalisée manuellement à l’aide de pinces ophtalmologiques, voire robotisée.
Les résultats morphologiques sont satisfaisants, avec une densité capillaire correcte sur le site greffé.
Concernant ce dernier point, la densité normale est de 120 à 130 follicules par cm2, et il est difficile de dépasser 80/cm2 avec les techniques classiques.
Afin d’optimiser la densité des greffons, le Dr BENSLAMA préconise une seconde séance de densification à distance.

Follicular unit extraction (FUE)

Cette technique utilise quant à elle une technique différente de prélèvement des greffons, par extraction directe de la zone donneuse en un seul temps à l’aide de punchs.
Le risque est cependant de traumatiser le greffon au moment de l’insertion de la lame – et donc d’avoir un rendement moindre pouvant aller jusqu’à 66% de perte des greffons (on parle de trans-section des unités folliculaires).
On peut palier ce risque via l’utilisation de punchs émoussés/hybrides ou de plus grands punchs, mais avec comme conséquence un risque d’aspect en cheveux de poupée.
Enfin, la greffe dépend beaucoup de la qualité de la peau adjacente greffée en même temps que le greffon : la technique d’implantation doit ainsi la préserver au mieux.

Références

Hu, Yuan, Zhongya Song, Jiang Chen, et Carlos Caulin. « Overexpression of MYB in the Skin Induces Alopecia and Epidermal Hyperplasia ». Journal of Investigative Dermatology 140, no 6 (juin 2020): 1204-1213.e5. https://doi.org/10.1016/j.jid.2019.10.013.
Cho, Byong Seung, Jin Ock Kim, Dae Hyun Ha, et Yong Weon Yi. « Exosomes Derived from Human Adipose Tissue-Derived Mesenchymal Stem Cells Alleviate Atopic Dermatitis ». Stem Cell Research & Therapy 9, no 1 (décembre 2018): 187. https://doi.org/10.1186/s13287-018-0939-5.
Ha, Dae Hyun, Hyun-keun Kim, Joon Lee, Hyuck Hoon Kwon, Gyeong-Hun Park, Steve Hoseong Yang, Jae Yoon Jung, et al. « Mesenchymal Stem/Stromal Cell-Derived Exosomes for Immunomodulatory Therapeutics and Skin Regeneration ». Cells 9, no 5 (7 mai 2020): 1157. https://doi.org/10.3390/cells9051157.
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