Sujets encore tabous 

La cosmétique gynécologique : fondements et moyens.

Dana SAWAN1, Barbara HERSANT2


1Obstetrics and Gynecology Unit, King Abdulaziz Hospital, Jeddah, Saudia Arabia
2Aesthetic and reconstructive Plastic Surgery Unit of Henri Mondor Hospital, Créteil, France

Pour correspondance: Dr Dana Sawan: Tel: +966 50 560 8206 Email: dana.s.sawan@gmail.com 2737 Abdullah Bin Huthafa Street, Ash Shati District Code Postal: 23414

Introduction

 

Il n’y a pas de définition scientifique pour la beauté et en particulier celle qui concerne les parties génitales. Les critères de beauté sont aujourd’hui influencés par les médias que sont la publicité et la pornographie(1). Ainsi, la perception par les femmes de leurs parties intimes a évolué à travers le temps. D’organes « honteux » (terminologie médicale officielle) dans un passé récent influencé par la religion judéo-chrétienne, les parties génitales  sont devenues un organe noble dans la société contemporaine(2). Désormais, on encourage les femmes à aimer leurs parties intimes, à l’explorer et la connaître comme prérequis à l’atteinte de l’orgasme, et même à la montrer, à l’offrir au regard de son partenaire.

Ce changement de regard s’est donc opéré grâce aux médias au prix d’un dépouillement progressif de la pilosité et d’une lutte sans merci contre les replis naturels jugés excessifs, conduisant dans le cas « idéal » à une vulve juvénile (Barbie look)(1,3). D’autres critères de beauté de cette vulve « parfaite » résident dans sa pigmentation et sa fonctionnalité (pas d’odeur, étroitesse, etc.).

Pour parvenir à cet idéal, plusieurs moyens sont mis à contribution et vont de simples crèmes à la chirurgie esthétique intime dont la demande est en augmentation croissante dans le monde, surtout parmi les jeunes. Nous discutons dans cet article des moyens dont dispose aujourd’hui la cosmétique gynécologique.

La recherche de la vulve « parfaite » réparée.

Indications de la cosmétique gynécologique.

La cosmétique gynécologique n’est pas encore une pratique bien codifiée reposant sur des preuves solides(1).

En effet, la perception de notre corps est subjective. De ce fait, la demande d’une procédure cosmétique est plus influencée par notre perception propre de notre corps que par un quelconque consensus scientifique ou la présence d’une quelconque pathologie au sens strict.

De plus, l’offre de service elle-même est influencée par le genre et les convictions du praticien. Ainsi, on a constaté que les femmes chirurgiennes accédaient moins souvent aux demandes de chirurgie intime que leurs homologues masculins(1,4).  

En 2016, des directives européennes ont été publiées pour encadrer la prise en charge des pathologies vulvaires(5).

Leurs recommandations principales sont l’examen gynécologique et anorectal préalable obligatoire, le respect de la dignité, l’évaluation et la prévention d’infections sexuellement transmissibles, la recherche d’une candidose devant toute irritation ou écoulement vulvaire, l’évaluation de la fonction sexuelle et le diagnostic et traitement préalables de pathologies vulvaires fréquentes telles que le psoriasis, l’eczéma, le lichen ou la dysplasie vulvaire.

Outre les demandes spontanées de procédures chirurgicales gynécologiques à visée cosmétique, les potentielles indications des interventions cosmétiques comprennent :

    1. Les troubles pigmentaires
    2. L’atrophie vulvaire ou syndrome génito-urinaire post ménopausique
    3. L’inconfort vulvaire et la vulvodynie
    4. Le lichen, le psoriasis et l’eczéma
    5. La folliculite post épilatoire
    6. La réassignation sexuelle

Moyens

La chirurgie

La chirurgie réparatrice vulvaire, clitoridienne et vaginale est connue et pratiquée depuis longtemps pour remédier à certains traumatismes tels que les viols de guerre ou les mutilations génitales. Cependant, la procédure chirurgicale la plus demandée est la nymphoplastie de réduction(1,3). Cette dernière est très prisée par les jeunes patientes qui sont plus inspirées par l’idéal publicitaire ou pornographique que par une connaissance de l’anatomie féminine. L’indication de ces chirurgies est difficile à poser en l’absence de normes anatomiques sur la taille des organes génitaux féminins. En effet, les rares études existantes sur le sujet concluent à une grande variabilité de taille du clitoris et des lèvres(6,7). En 1985, de petites lèvres dépassant 5 cm étaient considérées comme hypertrophiées, mais de nos jours, la limite de certains chirurgiens se situe vers 3 cm, résultant en de vulves au look toujours plus juvénile(1,8). L’indication repose donc essentiellement sur la discrétion du chirurgien consulté.          

D’autres procédures chirurgicales incluent la pubopexie (fixation chirurgicale d’un mont de vénus tombant), le lipofilling des grandes lèvres (agrandissement par injection de graisse autologue), la liposuccion (aspiration d’un excédent de graisse) et le lifting de la vulve, du périnée et du vagin. Cette dernière est demandée par des femmes qui se plaignent de relâchement de la musculature pelvienne et du vagin et se traduit par une diminution des sensations lors des rapports sexuels et un prolapsus variable (col, vessie, rectum) à travers l’orifice vaginal (9,10) (voir figure 1).

La chirurgie de réassignation sexuelle quant à elle est pratiquée pour  faire acquérir les organes sexuels du sexe opposé dans le contexte strict de la dysphorie de genre. Elle se fait par une équipe pluridisciplinaire (psychiatre, endocrinologue, gynécologue, urologue, etc.) après au minimum deux ans de suivi(11).

Cependant, la chirurgie n’est pas dépourvue de complications. En effet, les patientes peuvent faire face à des saignements, des infections bactériennes ou mycosiques et des lâchages de sutures (désunions) post opératoires qui nécessitent une reprise.(12).

Figure 1. Cure of loose vagina and enlargement of labia majora by lipofilling with injection of autologous fat.

Les émollients gynécologiques

L’utilité et efficacité des émollients ont été démontrées en gynécologie(13). Ils sont indiqués dans l’atrophie vulvo-vaginale et ont plusieurs propriétés : lubrification, hydratation, apaisement. Certains sont désormais directement incorporés dans des serviettes hygiéniques (figure 2).

L’acide hyaluronique en topique

L’acide hyaluronique appliquée plusieurs fois par semaine en cas d’atrophie ou tous les jours en cas d’érosion ou de plaies vulvaire, permet d’apaiser la muqueuse, de restaurer son PH et donc sa trophicité. Ce traitement est souvent bien toléré mais le problème est la rémanence. En effet, l’efficacité s’arrête avec l’arrêt du traitement. Il est intéressant en traitement d’appoint ou sur du long terme dans une routine de soin, on l’appliquera alors qu’une à deux fois par semaine. 

 Les facteurs de croissance

Les facteurs de croissance sont des substances régulatrices présentes en petites quantités qui favorisent la multiplication d’une souche de cellules spécifique de l’organisme(14). Des compositions en contenant contribuent à une meilleure santé vaginale en diminuant la sècheresse, améliorant les sensations lors des rapports sexuels, maintenant un pH entre 3,8 et 4,2 ; améliorant la sécrétion vaginale en permettant une cicatrisation plus rapide avec accroissement du collagène. Ces facteurs sont contenus dans des concentrés plaquettaires que l’on injecte localement en association avec de l’acide hyaluronique. Ils ont cliniquement démontré leur efficacité sur l’amélioration de l’atrophie vaginale chez des femmes ménopausées(15) (voir figure 3).

La dépigmentation de la zone intime

L’hyperpigmentation de la zone intime est due à des facteurs intrinsèques et des facteurs extrinsèques. Les facteurs intrinsèques sont les troubles hormonaux, l’utilisation de pilules contraceptives et la résistance à l’insuline. Les facteurs extrinsèques comprennent quant à eux le port de sous-vêtements serrés, l’humidité, le rasage ou l’épilation à la cire chaude(16).

Plusieurs produits sont utilisés pour remédier l’hyperpigmentation de la zone intime. Ils provoquent une desquamation (peeling) de la zone concernée ou alors bloquent la synthèse de la mélanine, pigment naturel responsable de l’hyperpigmentation.

Il s’agit notamment :

De l’acide trichloroacétique qui provoque une desquamation des couches superficielles de l’épiderme et l’apparition d’une nouvelle couche plus claire, de l’eau oxygénée ou peroxyde d’hydrogène : Stimule la production d’élastine et de collagène dans les couches profondes de l’épiderme, de l’acide kojique : bloque la production de mélanine, du laser CO2 : réduit ou bloque la synthèse de la mélanine, et des préparations commerciales associant diversement ces principes actifs, qui existent sur le marché,(figure 2).

 

Figure 2.  Produits émollients et solutions éclaircissantes pour les aires génitales.
Figure 3. Produits commerciaux contenant des facteurs de croissance dédiés aux aires génitales.

Conclusion

La cosmétique gynécologique est un domaine en plein essor, boosté par la publicité et la pornographie. La demande croissante, surtout chez des jeunes femmes, parfois des adolescentes, doit être bien évaluée afin de discerner les motivations profondes et les attentes des demandeuses afin de réduire le risque de dysmorphophobie.

 

RÉFÉRENCES

  1. Colson MH. Que penser de la génitoplastie cosmétique féminine aujourd’hui? Female cosmetic genital surgery: Point-counterpoint. 2012;

  2. Borrillo D, Lochak D. La liberté sexuelle. Presses Universitaires de France; 2005.

  3. Zwang G. Le remodelage de la vulve. L’exploitation d’une ignorance. Sexologies. 2011;20(2):106‑18.

  4. Reitsma W, Mourits MJ, Koning M, Pascal A, van der Lei B. No (wo) man is an island—The influence of physicians’ personal predisposition to labia minora appearance on their clinical decision making: A cross-sectional survey. J Sex Med. 2011;8(8):2377‑85.

  5. van der Meijden WI, Boffa MJ, Ter Harmsel WA, Kirtschig G, Lewis FM, Moyal-Barracco M, et al. 2016 European guideline for the management of vulval conditions. J Eur Acad Dermatol Venereol. 2017;31(6):925‑41.

  6. Lloyd J, Crouch NS, Minto CL, Liao L-M, Creighton SM. Female genital appearance: ‘normality’ unfolds. BJOG Int J Obstet Gynaecol. 2005;112(5):643‑6.

  7. Verkauf BS, Von Thron J, O’Brien WF. Clitoral size in normal women. Obstet Gynecol. 1992;80(1):41‑4.

  8. Munhoz AM, Filassi JR, Ricci MD, Aldrighi C, Correia LD, Aldrighi JM, et al. Aesthetic labia minora reduction with inferior wedge resection and superior pedicle flap reconstruction. Plast Reconstr Surg. 2006;118(5):1237‑47.

  9. Lahlali A, Sawan D, SidAhmed-Mezi M, Meningaud J-P, Hersant B. Hymen restoration: an experience from a Moroccan center. Aesthet Surg J. 2021;

  10. Adamo C, Corvi M. Cosmetic mucosal vaginal tightening (lateral colporrhaphy): improving sexual sensitivity in women with a sensation of wide vagina. Plast Reconstr Surg. 2009;123(6):212e‑3e.

  11. Weigert R. La chirurgie de réassignation homme vers femme, Male-to-Female. 2014;

  12. Goodman MP. Female genital cosmetic and plastic surgery: a review. J Sex Med. 2011;8(6):1813‑25.

  13. Stockdale CK, Boardman L. Diagnosis and treatment of vulvar dermatoses. Obstet Gynecol. 2018;131(2):371‑86.

  14. Sanchez M, Anitua E, Cugat R, Azofra J, Guadilla J, Seijas R, et al. Nonunions treated with autologous preparation rich in growth factors. J Orthop Trauma. 2009;23(1):52‑9.

  15. Hersant B, SidAhmed-Mezi M, Belkacemi Y, Darmon F, Bastuji-Garin S, Werkoff G, et al. Efficacy of injecting platelet concentrate combined with hyaluronic acid for the treatment of vulvovaginal atrophy in postmenopausal women with history of breast cancer: a phase 2 pilot study. Menopause. 2018;25(10):1124‑30.

  16. Vachiramon V, McMichael AJ. Approaches to the evaluation of lip hyperpigmentation. Int J Dermatol. 2012;51(7):761‑70.

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